La production de savoir souffre d’un mal discret et systémique : la dépendance. Celui qui la finance en oriente les résultats, sans qu’aucune fraude soit nécessaire. C’est un risque de structure, pas de personnes. Et il coûte des milliards.
Commençons par écarter la fausse piste. La fraude existe, elle fait les gros titres, elle reste marginale. Le problème est ailleurs, et il est bien plus grave, parce qu’il est structurel. Dès qu’une recherche dépend d’un financeur, d’un commanditaire ou d’un fournisseur, ces intérêts finissent par peser sur les questions qu’on pose et sur les résultats qu’on retient. Aucune malhonnêteté n’est requise. L’incitation suffit.
Le sociologue Robert Merton avait nommé, en 1942, les normes qui tiennent la science ouverte. John Ziman a montré, un demi-siècle plus tard, comment le financement sur commande les dégrade une à une.
| Science ouverte (CUDOS, Merton, 1942) | Science sur commande (PLACE, Ziman, 2000) |
| Communalisme : le savoir est mis en commun | Propriétaire : le savoir est retenu |
| Universalisme : les faits valent pour tous | Local : la vérité de la maison |
| Désintéressement | Commandité |
| Scepticisme organisé | Autoritaire, Expert |

